Maryatil voyance : voyances , destins et prénoms : Feriel

Voyance et littérature

L'affaire Lerouge

quitta le nid de ses premières amours avec toute sa garde-robe nouée dansun mouchoir de coton.Pendant les quatre années qui suivirent, elle vécut peu de la réalité,beaucoup de cette espérance qui n'abandonne jamais une femme qui se saitde jolis yeux. Tour à tour elle disparut dans les bas-fonds ou remonta àfleur d'eau. Deux fois la fortune gantée de frais vint frapper à sa porte, sansqu'elle eût la présence d'esprit de la retenir par un pan de son paletot.Elle venait de débuter à un petit théâtre avec l'aide d'un cabotin, et débitaitmême assez adroitement ses rôles quand Noël, par le plus grand deshasards, la rencontra, l'aima, et en fit sa maîtresse.Son avocat, comme elle disait, ne lui déplaisait pas trop dans lescommencements. Après quelques mois il l'assommait. Elle lui en voulaitde ses manières douces et polies, de ses façons d'homme du monde, de sadistinction, du mépris qu'il dissimulait à peine pour ce qui est bas et vil, etsurtout de son inaltérable patience, que rien ne démontait. Son grand griefcontre lui, c'est qu'il n'était pas drôle, et encore qu'il se refusait absolumentà la conduire dans les bons endroits où règne une gaieté sans préjugés.Pour se distraire, elle commença à gaspiller de l'argent. Et à mesure quegrandissait son ambition et que croissaient les sacrifices de son amant, sonaversion pour lui augmentait. Elle le rendait le plus malheureux deshommes et le traitait comme un chien. Et ce n'était pas par mauvaisnaturel, mais de parti pris, par principe. Elle avait cette persuasion qu'unefemme est aimée en raison directe des soucis qu'elle cause et du mal qu'ellefait.Juliette n'était pas méchante, et elle se jugeait très à plaindre.Son rêve aurait été d'être aimée d'une certaine façon, qu'elle sentait bien,mais qu'elle expliquait mal. Pour ses amants, elle n'avait été qu'un jouet ouun objet de luxe, elle le comprenait, et, comme elle était impatiente dumépris, cette idée la rendait enragée. Elle souhaitait un homme qui lui fûtdévoué et qui risquât beaucoup pour elle, un amant descendant jusqu'à elleet ne cherchant pas à l'élever jusqu'à lui. Elle désespérait de ne lerencontrer jamais.Les folies de Noël la laissaient froide comme glace ; elle le supposait fortriche, et, chose singulière, en dépit de sa très réelle avidité, elle se souciaitfort peu de l'argent. Noël l'aurait peut-être gagnée par une franchise 75

Emile Gaboriau

Maryatil voyance - la voyance et les rêves : le rêve d'accordéon

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Voyance et littérature

Les misérables